Des embryons chimériques pour remédier au manque de don organe ?

Aujourd’hui grâce à la nouvelle loi de bioéthique adoptée le 15 octobre 2019 par l’Assemblée Nationale, les scientifiques français sont prêts à créer des embryons hybrides : animaux-humains, appelés chimères. Cette expérience à des fins thérapeutiques pose des questions d’éthiques, alors que d’autres pays comme le Japon, Espagne et les États-Unis ont déjà commencé la recherche.

Qu’est ce qu’une chimère ?

Les chercheurs de l’Hexagone peuvent se réjouir d’avoir l’autorisation d’expérimenter des chimères. Elles sont en terme scientifique « Un organisme possédant deux ou plusieurs génotypes distincts. » Il est possible d’en trouver chez les humains, l’individu a alors deux ADN. Ici, il s’agit de mélanger des espèces différentes.

« On a voté la possibilité de créer des embryons chimères, c’est-à-dire de créer des embryons qui mêlent le génome de l’homme et le génome de l’animal. » A déclarer l’eurodéputé Les Républicains François-Xavier Bellamy sur France Inter, le 17 octobre.

Morale, éthique et cadre ?

La loi bioéthique, adoptait l’année dernière pose différents problèmes morales et de cadrages pour la science. L’objectif bienveillant vise à produire des organes pour les transplantations, en effet actuellement il existe toujours un manque de don organe. Quelles seront les limites ?

« Ensuite, il y a aussi les organes reproducteurs et tout ce qui est représentation de l’humain. Cela concerne la peau, les membres, les cordes vocales, etc. Même si l’animal gardait son cerveau, cela brouillerait la frontière entre l’animal et l’humain et ce serait inacceptable. » S’exclame, John De Vos professeur de médecine John De Vos, responsable du département ingénierie cellulaire et tissulaire du CHU de Montpellier.

« Il est nécessaire de rappeler que les questions éthiques ne seront jamais résolues par la loi, mais que la loi est un cadre nécessaire pour la cohésion et la solidarité entre les individus dans une société, face à des questions nécessairement déchirantes. Elle est aussi une guide, elle offre des repères pour les actions et décisions des praticiens. »  extrait de la page 44 de La Contribution du Comité Consultatif National D’Ethique — Avis129 (liens)

Qu’en est-il donc du bien-être animal ?

Les études ne sont pas toutes menées in vitro. Plusieurs pays ont déjà implanté des embryons chimériques dans l’utérus d’autre mammifère. Aux États-Unis, des truies ont porté des embryons porcs-humains pendant 28 jours avant qu’elles ne soient sacrifiées, pour pouvoir les récupérer et les analyser.

L’expérimentation devra-t-elle obligatoirement passer par la gestation de mère porteuse liée à l’hybridation ? Ce fera-t-elle avec une troisième espèce ? Quelle est alors la limite de cette durée ?

« Toutes les applications possibles de la recherche scientifique ne sauraient être nécessairement et systématiquement autorisées » : cette affirmation extraite de l’avis 105 du CCNE, puis reprise lors de la position du Comité au moment de la COP 21.

L’Agence de biomédecine est désignée par le projet de loi comme le gendarme sur ce sujet. Elle assure l’encadrement, l’évaluation et le contrôle des recherches dans ce domaine.  

 

Sources :

[1] Senat : Projet de loi relatif à la bioéthique http://www.senat.fr/rap/l19-237/l19-23712.html

[2]  Agence biomédecine, Article « Recherche sur l’embryon & les cellules souches embryonnaires »

https://www.agence-biomedecine.fr/Recherche-sur-l-embryon-les-cellules-souches-embryonnaires

[3] Association Française Transhumaniste : Article « Chimère ? » https://transhumanistes.com/chimeres

[4] Comité Consultatif National D’Ethique à la réviions de la loi de bioéthique AVIS129 https://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/avis_129_vf.pdf

[5] France TV Info, article «  Le projet de loi de bioéthique voté par les députés permet-il de créer des embryons chimériques mi-homme mi-animal ? »

https://www.francetvinfo.fr/societe/loi-de-bioethique/le-projet-de-loi-de-bioethique-vote-par-les-deputes-permet-il-de-creer-des-embryons-chimeriques-mi-homme-mi-animal_3663337.html

[6] Le figaro « Chimères humain-animal : “Ne jouons pas aux apprentis-sorciers” »

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/chimeres-humain-animal-ne-jouons-pas-aux-apprentis-sorciers-20191002

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